Passer d’un moteur thermique à une propulsion électrique n’est plus une utopie réservée aux bateaux neufs. Sur des unités existantes, même anciennes, la conversion est aujourd’hui réaliste, fiable et accessible, à condition d’être bien pensée.
C’est le choix fait par Fabrice FAURRE pour son voilier HÉLIOS, un Pizzicato de 7,37 mètres, construit en contreplaqué en 1993, affichant un déplacement d’environ 2 tonnes. Retour détaillé sur cette transformation, de la réflexion initiale aux résultats en navigation.
Retour d’expérience sur le voilier HÉLIOS – PIZZICATO 7,37 m
Présentation du bateau et du projet

Le PIZZICATO est un voilier léger, simple et marin, parfaitement adapté à la croisière côtière et aux navigations tranquilles.
Caractéristiques principales :
- Longueur : 7,37 m
- Longueur de flottaison : 6,60 m
- Déplacement : 2 tonnes
- Construction : contreplaqué
- Tirant d’eau : 0,75 m
- Année : 1993
- Architecte : Jean-Pierre Villenave
J’ai décidé de remplacer le moteur thermique hors-bord de mon voilier HÉLIOS, un PIZZICATO de 7,37 m, par une propulsion électrique.
Ce choix n’est pas le fruit d’un effet de mode, mais le résultat d’une réflexion très concrète sur mon usage réel du bateau, mes navigations et mes attentes en matière de simplicité, de confort et d’impact environnemental.

À l’origine, le bateau était équipé d’un moteur hors-bord thermique de 6 CV. Il remplissait son rôle, mais avec toutes les contraintes que cela implique : entretien, carburant, bruit, odeur, manutention…
Or, dans mon programme de navigation, le moteur sert essentiellement :
- à sortir et entrer du port,
- à manœuvrer au mouillage,
- à sécuriser une arrivée avant un changement de courant.
Je n’ai pas vocation à faire des heures de moteur en mer.
L’objectif du projet : Simplifier l’usage, réduire la maintenance et naviguer sans émission dans les ports et zones protégées, tout en conservant une propulsion fiable pour les manœuvres.
Pourquoi j’ai choisi l’électrique
Mon objectif était clair : naviguer plus simplement, sans perdre en sécurité.
La propulsion électrique cochait beaucoup de cases :
- démarrage immédiat
- silence total
- couple important pour les manœuvres
- absence d’odeur et de vibration
- pas d’entretien moteur
- cohérence avec une navigation plus respectueuse, notamment dans les ports et zones protégées
Je voulais aussi supprimer le carburant à bord et réduire la charge mentale liée au moteur.
Le système retenu

J’ai opté pour un Pod Drive électrique E-propulsion 3.0 Evo, équivalent 3 kW, installé en remplacement du hors-bord.
Avant de trancher, j’ai comparé plusieurs solutions :
- Hors-bord thermique 6 CV
Environ 30 kg, 1 600 €, entretien annuel - In-board diesel 10 CV
Environ 140 kg, 20 000 €, entretien régulier - Propulsion électrique 3 kW
Environ 100 kg (batteries comprises), 8 000 €, pas d’entretien
Le compromis puissance / coût / simplicité a été évident pour mon bateau et mon programme.
Voici mon retour d’expérience, après installation et navigation.
Les travaux réalisés
1. Renforcement de la structure


Le Pod Drive concentre tous les efforts de propulsion. Nous avons donc renforcé la sole avec :
- une plaque de contreplaqué marine de 20 mm, collée à l’époxy entre deux longerons
- collée à l’époxy entre deux longerons
Ce renfort est essentiel, à la fois pour encaisser les efforts mécaniques, mais aussi en cas de choc avec un objet flottant ou lors d’un échouage.
2. Installation du Pod Drive

Le moteur a été installé :
- parfaitement parallèle à la ligne de flottaison
- rigoureusement dans l’axe du voilier
C’est un point clé pour obtenir un bon rendement et éviter toute vibration parasite.
3. Batteries et installation électrique



Le système comprend :
- 2 batteries E60, soit 6 kWh utiles
- installées dans l’ancien compartiment moteur, sous la descente
- sur un plancher renforcé en contreplaqué marine 20mm, soutenu par deux varangues
- collage et saturation époxy pour éviter toute déformation
Le chargeur est positionné au-dessus des batteries et le câblage est propre, accessible et protégé.
⏱ Temps total d’installation : environ 10 heures
Performances et autonomie : les chiffres réels

Les essais ont été réalisés par mer calme, sans vent.
1. Vitesse
- À 1 500 W, j’atteins 4,3 nœuds
- ce qui est bon pour un voilier de 2 tonnes et proche de la vitesse de carène.
En augmentant la puissance de 1 500 W supplémentaires, je ne gagne qu’environ 0,9 nœud, avec en contrepartie une forte baisse de l’autonomie. Le jeu n’en vaut clairement pas la chandelle.
2. Autonomie avec les 2 batteries de 3KW E60
- À 1 500 W : 4 heures de fonctionnement
- soit environ 17 miles
- la charge diminue de 25 % par heure
Retour d’expérience en croisière
Lors d’une croisière d’une semaine au départ d’Arradon, passant par Hoëdic, Belle-Île puis retour dans le golfe (environ 82 miles au total), j’ai utilisé :
- 50 % de la capacité batterie
- environ 2 heures de moteur effectif soit 8,2 miles parcourus au moteur
En gros sur la semaine, 1 heure pour les manœuvres de ports et de mouillages. 1 heures pour arriver avant la renverse du courant de marée.
Le reste du temps, le bateau a navigué à la voile.
Limite : En cas de vents forts ou de courants contraires, la situation pourrait être difficile. Il est prudent d’avoir à bord un petit groupe thermique (1500w) pour recharger les batterie si besoin. La recharge en mode hydro-générateur reste insignifiante à des vitesses inferieures à 5 nds. Notre panneau solaire est réservé à la batterie de bord.
A noter : le couple moteur puissant est très utile pour les manœuvres portuaires.
Ce que j’y gagne au quotidien
Au-delà des chiffres, le vrai changement est le confort d’usage :
- silence total
- manœuvres très précises grâce au couple moteur
- plus de vibrations
- plus d’odeur
- plus d’entretien
- plus de carburant à gérer
Et surtout, une grande satisfaction :
👉 naviguer dans les ports et les aires marines protégées avec zéro émission.
Conclusion
Sur un voilier comme le PIZZICATO, la propulsion électrique est parfaitement adaptée, à condition de :
- bien définir son programme
- accepter de naviguer autrement
- privilégier la simplicité plutôt que la puissance brute
Pour mon usage, le bilan est extrêmement positif.
Je n’ai pas remplacé un moteur par un autre : j’ai changé ma façon de naviguer.
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Fabrice FAURE
13 décembre 2025
© crédits photos : Fabrice FAURRE – voilier Hélios










